Des milliers d’Américains manifestent contre les armes à feu

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Participants carry signs and show slogans on their hands as students and gun control advocates hold the "March for Our Lives" event demanding gun control after recent school shootings at a rally in Washington, U.S., March 24, 2018. REUTERS/Aaron P. Bernstein

À Washington, une marée humaine a investi les avenues entre la Maison-Blanche et le Capitole. Un demi-million d’adolescents et d’adultes étaient attendus, avec comme mot d’ordre : « Plus jamais ça ! »

Plus de 800 marches étaient prévues dans d’autres villes des États-Unis et dans le monde avec, partout, la jeunesse en fer de lance.

À New York, Atlanta, Chicago ou St. Paul, des milliers de personnes se sont rassemblées en fin de matinée pour afficher leur soutien au mouvement.

L’événement national, baptisé « March for Our Lives », est une réaction spontanée au massacre le 14 février de 17 personnes dans une école secondaire de Floride.

La frustration est alimentée par l’inaction des législateurs et des pouvoirs publics, réticents à agir contre la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes.

De fait, les slogans étaient souvent politiques. « Faisons primer les États-Unis sur la NRA », a lancé David Hogg, un élève devenu l’un des porte-voix du mouvement, en appelant à faire sauter les verrous dans les urnes.

La possibilité de détenir une arme à feu est considérée par des millions d’Américains comme un droit constitutionnel aussi fondamental que la liberté d’expression.

Cependant, cette fois, la tuerie commise par un ancien élève perturbé psychologiquement dans la ville de Parkland a soudé des élèves s’identifiant comme « survivants » : depuis cinq semaines, ils sont omniprésents dans les médias.

« Si vous tendez l’oreille, vous pouvez entendre que les personnes au pouvoir tremblent », a insisté David Hogg. « Nous allons en faire une question de vote, dans chaque élection, dans chaque État, dans chaque ville ».

Pas de changement en vue

Les armes font plus de 30 000 morts par an aux États-Unis, où la jeunesse scolarisée est parfois présentée comme la « génération mass shooting » ou la « génération Columbine », du nom d’une école secondaire du Colorado où deux élèves ont tué 12 de leurs camarades de classe et un professeur en 1999.

Ces élèves ont vécu la totalité de leur scolarité avec cette menace permanente, spécifique aux États-Unis.

Année après année, ils ont vu leurs élus faire la sourde oreille ou, récemment, le président Donald Trump proposer d’armer leurs enseignants.

« Nous sommes les gens qui ont peur d’aller à l’école tous les jours parce que nous ne savons pas si nous serons les prochains », a expliqué Lauren Tilley, 17, venue spécialement de Californie pour l’événement.

Dans le rassemblement géant au coeur de la capitale fédérale, une forêt de pancartes affichaient des slogans tels que : « J’enseigne avec des livres, non des armes » ou « Votre droit à détenir une arme ne l’emporte pas sur mon droit à rester vivant ».

« Notre message, c’est que nous n’allons pas rester silencieux, nous allons continuer à nous battre » pour un durcissement des lois sur les armes individuelles, a assuré Lauren.

Le mouvement est soutenu par de nombreuses personnalités et plusieurs vedettes étaient attendues samedi sur la scène dressée à Washington sur Constitution Avenue.

Parmi ces vedettes soutenant les élèves de Parkland figurent Ariana Grande, Jennifer Hudson, Demi Lovato, Justin Timberlake, Miley Cyrus ou Justin Bieber.

M. Trump a redit vendredi dans un tweet sa volonté d’interdire les « bump stocks », des accessoires permettant de tirer en rafale, une mesure de portée marginale. Mais son gouvernement refuse d’interdire les fusils d’assaut.

« J’espère [que les jeunes] ont bien à l’esprit qu’ils s’inscrivent dans un mouvement social sur le long terme. Ils n’obtiendront pas justice dans un Congrès contrôlé par les républicains », a averti le sénateur démocrate Chris Murphy, interrogé par l’AFP.

« Changez la législation sur les armes ou changez le Congrès », disait une pancarte brandie par une manifestante à New York, où plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées le long de Central Park.

À Parkland, en Floride, des milliers de personnes se sont réunies samedi dans un parc proche de l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, le lieu du drame, dans une ambiance enjouée, avec des manifestants tournés vers l’avenir.

« L’opinion populaire a déjà changé le gouvernement par le passé », a rappelé Linda Fisher, une enseignante.

À Washington, dans la foule, certains revendiquaient l’interdiction pure et simple des armes aux civils, comme Jeff Turchin, retraité, pour qui « nous ne devrions pas avoir d’armes dans notre société ».

D’autres, comme le professeur de collège Billy McLaughlin, ne souhaitaient pas remettre en cause le fameux deuxième amendement à la Constitution qui autorise tout citoyen à posséder une arme, mais réclamaient davantage d’encadrement.

« Une majorité de gens considèrent qu’il faut interdire les fusils d’assaut mais les politiciens ne le font pas parce qu’ils sont à la botte de la NRA », a-t-il expliqué, en référence à la puissance financière considérable de l’organisation pro-armes.

« Je me fiche de savoir combien d’argent vous avez. L’argent ne peut pas étouffer le son de nos voix », a dit Lauren Tilley, également au sujet de la NRA.